Tuesday, October 8, 2019

Oh Malheureuse!






As a woman who absorbed lots of her French from Cajun and Zydeco music, I was struck at how many times oh malheureuse! was called by the male singers. Oh unhappy (woman)! In the songs I have examined, the word malheureuse is used figuratively, rhythmically and also as an adjective/direct appeal to la tite catin, crimielle, joli cœur, ti monde, chère bassette, or fille jeunette in question. More on the songs later, but the number of times the word is used in the music is remarkable and illustrates how, for whatever reason(s), the male perspective has dominated the visible creative world of Louisiana music. And though women have been culture bearers and our first language teachers, the majority of the time home duties, strong mothering instincts, and other social pressures cause them and their talents to remain more invisible. Women who currently write in Louisiana Creole, French, Cajun, and Kouri-Veni need more visibility simply because they exist, and at a larger number than we know. To continue this momentum, I offer up this space to create more public and virtual space for women who write in Louisiana dialects in hopes that more will be challenged to write. 

This blog has been a fertile place for me to explore my own identity as a bilingual Louisiana woman. The idea of a women's collective in the history of the lieu-dit Prairie des Femmes has also been built into the blog since its inception. My photograph collection of local Marian shrines is part of this visualization of a collective of faithful Louisiana women. 

At this time of automne I think of the harvest. I think of collecting all of the resources together. I think of the need for
 identification, diversity of voice, exchange of ideas, and 
ultimately, a master list of women who write for our culture. Oh Malheureuse is a collection of French writing for Louisiana women by Louisiana women. 
Pour les louisianaises, par les louisianaises.

Écrivaines de la Louisiane

Friday, December 14, 2018

Ann Savoy


Savoy Family Waltz

J’vas traverser au travers du clos
Là bas ou les oiseaux
Sont après, ouais, voler
C’est la maison de mon cher bébé
Il y a si longtemps, j’ai pas connu
je m’avais pas, mais, aperçu
Comment gros, ouais, je l’aime
Ouais, son tit’ coeur aussi aimable.

Chorus:

Et quand je vas arriver
Je vas tout le temps, ouais, la soigner
Je vas la tenir dedans mes bras
Je vas jamais, mais, la quitter.

(repeat)

Le brouillard après se lever
Mes idées sont éclaircis
Et je souaite elle va pas me blamer
C’est la maison de mon cher bébé.
Les années vont passer
Et un couer peut oublier
Je vois asteur qu’elle est le seul
Le seul trésor dedans ma vie.

Chorus

Ann Savoy 

Ann Savoy is a musician, an author, a record producer, and a photographer. Her most recent endeavor is the acclaimed newly released “Adieu False Heart”, a CD of duets with the legendary Linda Ronstadt.  As a musician she, has played guitar, fiddle, and accordion and traveled throughout the world with her husband accordionist Marc Savoyand fiddler Michael Doucet in the Savoy Doucet Cajun Band, with her all-woman band The Magnolia Sisters. and with Marc and their talented sons in the Savoy Family Band. 


Tuesday, December 11, 2018

Erin Segura



Petits poèmes sur Poitiers


L’arrivée 


En prenant un double-café 

et portant mon tricot déchiré 

je jongle à toi sans cesser -- 

bienvenue à Poitiers 

 


Le départ 


Plus envie de voyager 

plus envie de fêter 

juste envie de rester 

de te voir à Poitiers 


Erin Segura 


Oh Malheureuse Interview







Michelle Verret Johnson


Geneological embroidered tree by Michelle Verret Johnson
Louisiamaise

Pendant mes années au Monument Acadienun des docents m'a dit que les noms sur le murgravés comme sur une tombedeviennent les yeux de ces esprits/âmesComme j'ai tatoué chaque nom de mon arbre généalogiquej'imagine que je leur donne une fenêtre sur ma vie. Une fenêtre sur le présent.

Avec chaque nom, surtout les femmes, j'ai médité sur cette personne. Je me demandais qui elles étaientsi elles étaient bonnesméchantes ou peut-être même spécieuses ou particulièrement bien aimés et respectés. With each name, I remember them. Elles ne sont pas oubliées.


Michelle Verret Johnson




La Gardienne du Pochome
A true story by Michelle Verret Johnson

chère! Come see, I got something for you,” dite ma mèreun jour en Novembre.

“Yeah, what’s that?”  

“THE POCHOME!” ma mère a crié avec un rire.

The pochome. Le pot de chambreImmédiatement les souvenirs reviennentsouvenirs des ouragans de tonnerre, la belle courtepointe en crochet de Maw-Maw, et Maw-Maw dormant à côté de moi avec ses cheveux en foulard, et l'odeur de Mentholatum

Ma grand-mère, avec qui j'ai passé une grande partie de mon enfanceavait des idées sur les tempêtes
Use pas le phone!”
“Pas de bain!” 
“Ne pas regardé à la commode! If you have to go, chère, use the pot.” 
Ca veut dire, utilisé le pot de chambre qui était situé sous un petit banc dans le coin de la chambreChaque fois qu’il y’avait une tempête, je devais pisser dans ce fils putain d’un pot. Mon frère, ma mère et mon père n'ont jamais souffert de cette indignation. C'était un rituel spécialement réservé pour mesvisites

Aujourd'hui, je souris lorsque je me souviens de ces jours et de ces longues nuits d'été tempétueuse  je tenais mon pipi. Quand je garde ma grand-mère, je vois une femme qui n’aurait pas hésité à utiliser la commode lors d’une tempêteYa aucun moyen pour elle de s’accroupir aussi bas à son âgeMaiselleavait toujours ce potchomeniché dans sa chambre à assisted living jusqu’à ya quelques semainesY’avais trop de fatras dans son appartement.

J'ai gardé ma mère, “THE pochome?” 

“Yes! I cleared out some things from Mom’s apartment. If you don’t want it, I’ll take it to the Goodwill.”

Plus de souvenirs se lèvent, des souvenirs plus anciens. Souvenirs racontés par ma mère et ma grand-mère de femmes mortes depuis longtemps. Souvenirs d'une grande tante qui était si terrifiée par l’éclaire et le tonnerrequ'elle lui jetait une serviette sur la tête et criait d'horreur jusqu'à la fin. Souvenirs d'autres femmes qui tremblaient et pleuraient devant le chaos extérieurces femmes qui ne pouvaient supporter de resterseules pendant une tempêteCes pauvres veuves qui souffraientdans la solitude, leurs cris perçant le silence à côté du tonnerre.

Ya tellement d'orages dans le sudchacun avec son propredrameMais d'où vient cette peurune mémoire génétiqueprofonde de temps passésUn vague souvenir de terreur lorsd'une tempête qui a été imprimée sur notre DNA, transmis d'unefemme à l'autreYa-t-il eu des tempêtes pendant le Grand DérangementMoi, je n'ai aucun souvenir de la peur pendant les ouragans de tonnerremais je me souviens très bien d'utilisé unpochome.

“MON pochome?!” j'ai crié. “You can’t take that. No way. I can’t have the pochome that I used to piss in for sale at the Goodwill. I’d be so haunt!”

HélasAsteur, je comprends pourquoi ma grand-mère a gardé cepot. 

Mon pochome à Goodwill? JAMAIS.

Michelle Verret Johnson





Earlene Broussard

Le Tablier

 par Earlène Broussard


I don’t have my material for my apron,” j’dis à Miss Jones dans eine voix si basse que c’est ein miracle qu’a’ m’a attendu.
Smock,” dit Miss Jones en ployant ein patron de papier crâlant.
Well, anyhow, I don’t have it,” j’dis, les yeux sur mon lunch can. Je m’avais dépêché à parler avec Miss Jones avant qu’a’ pouvait partir dîner.
You can bring it tomorrow, then,” dit Miss Jones. “The class will have to take turns with the patterns anyway.”
I can’t have it for tomorrow either,” j’dis. “My mother says that I’ll have to use one of her aprons when we start cooking next month.”
Miss Jones s’a levé en me regardant. Alle était eine grande femme. C’était eine blonde aux gros yeux bleus, grandis par des lunettes épaisses. A’ portrait eine robe bleue caille, le même bleu que ces yeux.
You need a smock of your own, Lula,” dit Miss Jones. “Is there any way you can have your fabric this week? As quick as you are with your projects, you’ll have no trouble finishing your smock right along with the rest of the class.”
No, Ma’am. We don’t have the money, Mom says” j’dis, en essayant d’avaler la honte qui montait dans ma gorge.
En espérant sa réponse, je pensais, “Pourquoi tu crois a’ me demande autant de questions? Juste pour me faire le dire? J’savais qu’a’ m’aurait fait ça. Me faire brailler parce qu’on apas l’argent pour acheter cette maudite étoffe pour ein tablier que j’ai vraiment pas besoin, équand Mom m’a déjà dit que j’peux avoir un des siens. Merci Bon Dieu que toute la classe est pas icitte!”
Oh, Lula,” dit Miss Jones, “I didn’t realize. I’m sorry. Sure you can use your mother’s apron.”
Thank you, Ma’am,” j’dis en reniflant. “Bye.”
See you in class after lunch,” dit Miss Jones.



*2*

J’ai sorti au beau soleil d’hiver pour rejoindre mes amies qui avaient déjà rouvert leurs lunch cans sous un des gros chênes verts devant la maison d’école de Gueydan High. C’était eine journée froide de janvier. Je me rappelais pas quoi Momavait pack aujourd’hui. Je m’en foutais pas mal. Ça serait soit ein oeuf frit ou du peanut butter sur ein biscuit. On avait pas fait boucherie depuis Christmus, ça se fait, il y avait pus de graton pour manger avec du riz froid. Les patates douces étaient rares aussi. Mom dit toujours que c’est le hard time avant le jardin de printemps.
J’ai pas dit arien d’avoir parlé avec Miss Jones, même qu’Eveline m’a demandé pourquoi j’étais en retard pour manger mon lunch. Alle est si fourre-nez. J’connais que ça sera elle la première à me demander cet après-midi pourquoi j’travaille pas sur mon tablier. Mom dit que ça prend toute qualité de monde pour faire ein pays, mais j’aime pas du tout les fourre-nez.
Dans mon lunch can j’ai trouvé ein morceau de pain de maïs. Mom l’avait coupé en deux et alle avait mis des confitures de figues entre. Yep, hard time est icitte, all right
Dans l’été équand on encanne les figues, Mom dit toujours qu’on peut pas en manger beaucoup. C’est pour hard time, a’ nous dit. A’ m’a parlé de hard time hier au soir équand j’y ai parlé de l’étoffe pour mon tablier.


*3*

“J’ai pus d’étoffe dans l’armoire,” dit Mom. “J’ai usé le dernier morceau pour faire eine robe de Christmus à Virginie. Sa classe de Confirmation allait toute ensemble à la messe, et je pouvais pas la laisser aller avec la même vieille robe.” 
Alle était au stove et a’ brassait eine bouillie épaisse. Alle a mesuré eine cuillerée de vanille. J’ai guetté les ronds bruns de vanille disparaître dans la bouillie.
Miss Jones dit qu’il faut l’avoir pour demain,” j’dis.
“J’croyais d’avoir acheté assez d’étoffe équand j’ai fait l’ordre avec le Chicago l’automne passé,” dit Mom. “J’pense que je me rends pas compte comment vous-autres grandit si vite.”
“Proche toutes les filles ont été acheté leurs étoffes cet après-midi chez Doss & Sons,” j’dis. “Je pourrais peut-être acheter la mienne demain midi.”







“Ah, j’connais pas,” dit Mom. “Il faudra parler à ton père pour l’argent.” 


La vapeur de la bouillie chaude a mouillé ma figure équanda’ l’a vidée dans la grande bol.

“Quoi tu crois il va dire?” j’dis.
“C’est vraiment hard time,” dit Mom. “Ton père a pas encore vendu les quelques peaux qu’il a piégées. J’peux pas vendre plus d’oeufs à Wright parce que là j’pourrais pas vous feed le midi. L’ouvrage dans le clos a pas encore commencé pour que ton père gagne ein ‘tit peu de cash.” Mom a repoussé eine bouclette de cheveux qui la gênait sur le front. J’savais qu’a cherchait ein moyen de m’aider par la manière qu’a’ se frottait le front en regardant loin dans l’avenir.
“Va faire ton ouvrage asteur et tu vas parler à ton père équand il va arriver,” dit Mom.

                                                                             *4*

Assise sous le gros chêne vert devant l’école mangeant mon pain de maïs, je jonglais, “Pourquoi Mom a tout le temps besoin de parler à Pop? A’ peut jamais faire son idée à elle-même. Je me demande si ça va être comme ça équand moi, j’vasme marier. Je me demande.”
J’ai vidé les grémilles aux fromilles qui nous embêtaient. J’ai bien essuyé mon lunch can, et après avoir placé ma ‘titeessuie-main dedans, j’y ai remis le couvert.
“Équand c’est tout, c’est tout,” j’dis, “et ein tablier, c’est ein tablier, non?”
What did you say?” dit Lillian. “You haven’t said a word all lunch time and now I don’t understand a word of your mumbling.”
Yeah, and you better watch it,” dit Eveline. “If Mr. Bush catches you talking French on the school grounds, you’ll mumble for something.”
Oh, nothing,” j’dis. “Just thinking about Pop.”


*5*

“Pop,” j’dis, “on a fini d’étudier les livres comment coudredes ‘tites choses simples déjà, ça fait, asteur il faut coudre eintablier pour protéger notre linge équand on va cuire.” 
Pop lavait la boue de ses pieds et de ses jambes dans la bassine sur la galerie. J’étais pas sûre qu’il m’écoutait.
“Faut toutes en avoir un, Pop,” j’dis.
“Parle avec ta mère pour ça,” dit Pop.
“J’ai déjà parlé avec elle, mais a’ m’a dit qu’il y a pusd’étoffe sur la tablette dans l’armoire,” j’dis. “J’en ai besoin pour demain. Je pourrais en acheter chez Doss à midi.”
“J’ai peur qu’il y a pas d’argent pour ein sacré tablier, MaLul,” dit Pop. Il a garoché l’eau sale à travers la cour. “Parle à ta mère pour a’ te prête un de ses tabliers équand tu vas cuire.Ein tablier, c’est ein tablier, non?” 
“Ein tablier, c’est ein tablier, non?” j’dis.
What did you say, Lula?” dit Lillian.
“Pas arien,” j’dis.
You’re going to write lines today for sure, you,” ditEveline.
“Quoi?” j’dis.
You better stop speaking French on the school grounds, Lula,” dit Eveline.


*6*

Je me sentais déjà ein peu étourdie, mais équand je m’ai rendu compte que vraiment je parlais en français sur le terrain d’école, mon coeur a commencé à battre vite, vite. J’ai regardé autour et en arrière de moi, mais j’ai pas vu le maître d’école. J’pensais, “J’souhaite qu’Eveline dit pas arien à Monsieur Bush. Là, j’aurais du tracas. Well, ça serait pas la première fois.”
What color is the material for your smock, Lula,” ditEveline.
Well, huh, I don’t know, huh…,” j’dis.
What do you mean you don’t know?” dit Eveline.
I have to be excused,” j’dis. J’ai parti en courant, laissant Eveline et Lillian à leur radotage. “La cloche va sonner bien vite quand même,” j’jonglais. “Pis là, on va être là, dans Home Ec, et toutes les filles seront après vanter leurs étoffes, mais pas moi.”
En espérant la cloche, j’jonglais, “Je m’en fous pas mal si j’ai pas de smock. Pourquoi j’aurais besoin de ça quand même? Je peux m’en coudre un n’importe équand. Quand même, Moma 
dit que je peux avoir son meilleur tablier avec toute la belle broderie, ce-là que Tante Tessa y a donné pour Christmus. J’veux pas un de ces vilains smocks, moi. Comme ça, j’pourrai étudier mon Algebra. Je haïs Algebra, beaucoup plus que ces maudits smocks.” J’ai ressauté équand la cloche a sonné et j’dis, “Ein tablier, c’est ein tablier, non?”


*7*


Lula,” dit Miss Jones, “I need to talk to you at my desk.”
J’avais à peine rentré dans la classe équand j’ai entendu mon nom. Mon livre de Algebra a tombé. “Yes, Ma’am,” j’dis, mais je m’ai rendu à la table pour laisser mes livres.
La classe était toute en désordre. Les filles déployaient des morceaux de broadcloth fleuré, barré, à gros et à ‘tits carreaux de toutes les couleurs. Les filles se vantaient des beaux boutons, du rick-rack, même de la dentelle. Toutes faisaient des grands hélas. J’étais contente qu’ils étiont trop occupées pour s’apercevoir que Miss Jones m’appelait.
Yes, Ma’am, Miss Jones” j’dis.
I went to pick this up for you at Doss & Sons,” dit Miss Jones. A’ m’a donné ein ‘tit paquet, tout bien amarré avec einecorde. “Go ahead,” a’ dit.  “Open it.”
It’s some material,” j’dis, en regardant le morceau de broadcloth d’ein bleu pâle. J’étais là, toute charmée, et je caressais l’étoffe, soulevant chaque article à son tour. “There’s thread and buttons and navy blue rick-rack, too,” j’dis.
I hope you like the color,” dit Miss Jones.

I do,” j’dis. “It’s the same blue as your dress.” 


Why, yes. You’re right,” dit Miss Jones. “Well, now, go find out whether someone else bought this color. Go ahead.”



*8*

My material is dusty blue,” j’dis à Lillian.
My mother made me get navy blue gingham,” dit Lillian. “She says that it’s gonna stay cleaner.”
Poo,” dit Eveline, “maybe it won’t show as much as on these pink flowers I got, but dirt is 
no matter what.”
J’jonglais en regardant autour de la chambre, “J’sus contente que mon étoffe est pas barrée, fleurée, plais et surtout pas aux carreaux. J’sus la seule avec du bleu tout d’eine couleur. Ça sera aisé de reconnaître mon tablier accroché dans la closette. Ô, cette étoffe est si belle.  J’sus assez contente que Miss Jones a choisi ça icitte pour moi.”
Hey, Lula,” dit Lillian, “you dropped this from your package.”
Équand Lillian me l’a donné, j’ai vu que c’était ein reçu de Doss & Sons. C’était marqué:

2 yds  x  30 60¢
thread     5¢
buttons 15¢
rick-rack 15¢
________________________________
Total 95¢


Assise, toute paralysée, j’jonglais, “95 sous. Pourquoi j’sus aussi bête? Bien sûr, faudra que j’paye ça. 95 sous. Éoù j’vasprendre 95 sous pour payer ça? Comment dire à Mom? Quoi tu crois Pop va dire?” J’ai placé le reçu jaune dans mon livre de Algebra


*9*

Miss Jones m’a acheté de l’étoffe aujourd’hui,” j’dis.
“Quoi?” dit Mom. Ses doigts ont arrêté de trier le riz.
J’ai tout expliqué depuis le commencement. Mom cherchait les grainages et la paille dans le riz tandis que je parlais. Équandj’arrêtais de parler pour jongler ou respirer, a’ tirait un peu de riz dans l’air et a’ soufflait à travers pour ôter la ‘tite paille fine.Équand j’ai fini mon explication, le riz était paré à laver.
“Ton père va pas être content, MaLul,” dit Mom.
“Mais pourquoi faut y dire?” j’dis.
“Parce que si on y dit pas et quelqu’un d’autre y dit, ça va être deux fois pire,” dit Mom.  “Ô, faut y dire. Tiens. Vas laver le riz et j’vas aller chercher des queues d’oignons pour la sauce de pommes de terre.
Tandis que j’lavais le riz à la pompe, j’jonglais, “Pourquoi c’est tout le temps moi qui a la malchance? Virginie a jamais du tracas comme ça. Si ça serait elle, alle irait demander einepiastre à Grampa Numa. Alle est sa p’tite gâtée. Il y donnerait, pas de question. Si ça serait Roy ou Loyfa, ils pourrionttravailler après l’école ou quelque chose. Awh, t’es bête, MaLul! Ils auriont jamais besoin d’ein smock! Imagine Roy dans einsmock! Mais quand même. Si ça serait May Rose, Momdemanderait à Tante Rosa si alle a de l’étoffe du Sears ou du Montgomery. Ben non, c’est pour moi. J’sus pas la plus vieille ni la plus jeune et j’sus pas ein garçon. Personne m’aime, moi.”

*10*

“Lula, quoi c’est tout cette affaire pour le maudit tablier?” dit Pop.  
J’étais si occupée que je l’avais pas aperçu arriver du magasin. Il était pas content. Je savais ça parce qu’il m’a appelé “Lula” et pas “MaLul” comme d’habitude. J’ai raconté la même explication encore. Pop a pompé de l’eau dans la bassine pour se laver.
“Faudra que je manque ein grand après-midi d’ouvrage pour aller ‘oir à tout ça,” dit Pop.
“Mais quo’faire?” j’dis. “C’est ça qu’a arrivé. Quoi tu peux faire asteur?”
“Tu me dis que c’est ça l’histoire,” dit Pop. “J’vas aller savoir la vérité pour moi-même.”
“Mais je te dis la vérité,” j’dis, commençant à pleurer.
“La fille d’ein pauvre ‘tit Cadien, hein? Well, j’vas yexpliquer quelques ‘tites affaires pour les Cadiens. Alle est sûr pas une de nous autres avec ein nom comme Jones. C’est une de ces Américaines du nord de la Louisiane qui venont icitte pour se foutre de nous autres quand les temps sont les plus durs. J’vas y parler un peu d’avoir acheté quelque chose sans qu’on y demande et nous envoyer le bill après.”
“Alle a pas envoyé le bill, Elie. MaLul l’a trouvé dans le paquet,” dit Mom. Alle avait sorti de la porte de la cuisine.
“J’vas parler avec Monsieur Bush, aussi. Si le maître d’école peut pas contrôler ses maîtresses mieux que ça, il a besoin de quelques remontrances.”
“Pop, s’il vous plaît, viens pas à l’école,” j’dis. “J’vas m’en occuper moi-même. Je voudrais pas que tu dis rien à Miss Jones.”
“T’as honte de ton père? C’est ça, Lula?” dit Pop. “Après tout ça que je fais pour vous élever. J’essaye de vous envoyer tous les cinq à l’école pour vous donner ein meilleure vie. Je pourrais vous avoir dans le clos comme les autres dans le voisinage. Mais, non. Je vous envoie à l’école et ‘garde quoi faut j’endure.”
“La table est parée, Elie,” dit Mom. Pourquoi on parle pas de ça après souper?”


*11*

Pop et Mom m’ont jamais appelée après que j’ai fini mes leçons. Je m’ai couché en jonglant si Mom avait réussi que Pop change son idée et qu’il vient pas à l’école. Je gardais mes doigts croisés. Équand la pluie sur la couverture de zinc m’a réveillée, ça faisait encore plus froid dans la chambre. J’savais que ça serait pas longtemps avant j’attendrais Mom dans la cuisine.
Dans mon ‘tit creux chaud dans le matelas de plumes sous les bonnes quiltes épaisses,  j’jonglais, “J’savais que ç’aurait été eine mauvaise journée. La ‘tite pluie fine a le moyen de nous faire croire que le mile et demi qu’on marche pour prendre le transfer est trois miles. 
J’souhaite que la pluie tourne pas en verglas. 
Oh, mais là, peut-être Pop va pas venir à l’école. Les mulets aiment pas haler le wagon dans la boue. Si pauvre Pop avait quand même un cheval. Non, MaLul. Merci Bon Dieu qu’il en a pas parce que si Pop avait un cheval, il viendrait à l’école pour sûr. C’est triste, donc, que Pop a pus son Model A de l’année 28. Ce ‘tit char-là courait vite, ouais. ‘Maudite Dépression,’ Pop dit tout le temps.ˮ
“MaLul, c’est l’heure que tu te lèves,ˮ dit Mom. “Habille bien Mae Rose. T’attends?ˮ
Lula,ˮ dit Virginie. “Dis à Mom que j’sus malade. J’ai mal à la gorge.ˮ
“Pouf, t’as pas plus le mal de gorge que moi,ˮ j’dis. “C’est juste que tu veux pas sortir dans la pluie froide. Tu vas pas fondre, non. Lève-toi.ˮ
“Je haïs l’école,ˮ dit Virginie.
“Pas moi,ˮ je dis. “Je haïs seulement Algebra, et si Pop vient à l’école aujourd’hui, j’vas sûr haïr ça.ˮ
“Il dit qu’il sera là à midi,ˮ dit Mom qui était encore dans la porte de notre chambre. 
“Dépêchez-vous-autres, mes filles. Il est plus tard que vous-autres croit. On va pas ’oir le soleil aujourd’hui. Le temps va rester couvert.ˮ


*12*

Toute la matinée, j’jonglais au moment équand Pop allait arriver à l’école. J’pouvais penser à rien d’autre. Dans World Geography. Monsieur Bush m’a demandé de lire, mais j’ai pas pu trouver la bonne place dans le livre. Toute la classe a ri de moi.
Après, j’ai abordé Miss Evans dans le corridor équand je me rendais à la classe d’anglais. J’aime pas sa vilaine frimousse. J’ai pas dit arien à Miss Jones que Pop venait, juste en tout cas qu’il arrive pas. Peut-être il va pas venir. Le midi devrait se dépêcher à arriver.
Comme ça mouillait, on a eu pour manger notre lunch dans le grand corridor. On avait presque fini équand Pop a rouvert la porte et a laissé rentrer le ‘tit vent de nord froid. Ça m’a donné ein frisson tout de suite. Il a oté son chapeau et l’a cogné contre son genou pour enlever l’eau de la pluie. Quelques gouttes de pluie froide ont volé sur nous-autre à l’autre côté du corridor.
Je m’ai levé pour aller le rejoindre et je pensais, “C’est pas la galerie icitte pour escouer ton chapeau, Pop. Pourquoi t’as venu icitte pour me faire honte comme ça? Quoi c’est tu peux dire à Miss Jones et Monsieur Bush quand même? Tu peux proche pas comprendre arien en anglais et tu en parles pas un mot excèpe pour ‘Yes’ et ‘No’. J’vas avoir si honte si faut j’dis toutes ces vilaines affaires à Miss Jones. A’ va croire que j’sus d’accord avec toi. »
“Hé, Pop,ˮ je dis.
“Le temps est joliment mauvais,ˮ dit Pop. “J’aurais été icitte plus de bonne heure, mais les mulets ont resté bourbés à l’Anse Levy. J’ai eu pour me chercher de l’aide pour les débourber.ˮ
“La route de transfert est pas trop mauvaise,ˮ j’dis.
“Ouais, j’vas m’en aller par ce chemin-là,ˮ dit Pop. “Mais, j’ai pas venu icitte pour parler du temps.ˮ

  • *13*

J’ai emmené Pop à la chambre de Miss Jones. À travers d’eine craque dans la porte, je l’ai vu assise à la table. J’aicogné.
Yes,ˮ dit Miss Jones.
Miss Jones,ˮ j’dis, “my father wants to speak to you, please.ˮ
Come on in, Lula,ˮ dit Miss Jones.
J’ai rouvert la porte. Ça m’a saisie équand j’ai vu Monsieur Bush se lever de l’autre côté de la table au même temps que Miss Jones. “We don’t mean to disturb you,ˮ j’dis.
“Not at all. We’re just having a cup of hot tea,ˮ dit Miss Jones.
It’s a pleasure to meet you, Mr. Meaux,ˮdit Monsieur Bush. Il s’a avançé pour donner la main à Pop.
Would you like a cup of tea, Mr. Meaux?ˮ dit Miss Jones.
Ça se fait, j’ai demandé à Pop en français s’il voulait eintasse de thé. J’savais qu’il aurait dit non. Il hait le thé. Il dit que c’est juste les Américains qui aiment le thé. Après j’ai eu pour dire à Miss Jones, “No thank you, Ma’am.ˮ J’pensais en regardant le plancher, “Ça va nous prendre un temps infini. La cloche va sonner avant que je finis de tout y’eux dire ça que Pop a sur son idée.ˮ
What can we do for you, Mr. Meaux?ˮ dit Monsieur Bush.
“J’ai venu payer l’étoffe que Miss Jones a achetée hier pour MaLul,ˮ dit Pop. “T’nez la piastre.ˮ
I don’t understand,ˮ dit Miss Jones.
“MaLul a amené ce bill et alle a dit que vous y avez acheté de l’étoffe pour son tablier,ˮ dit Pop. “C’est vrai ou c’est pas vrai?ˮ  Pop a donné le bill à Miss Jones.
Yes,ˮ dit Miss Jones“but I didn’t expect for you to pay for it. You should have talked to me about this first, Lula.ˮ
Miss Jones, j’apprécie tout ça que vous essayez de faire pour ma fille,ˮ dit Pop. “J’sus après faire tout ça j’peux pour envoyer mes enfants à l’école dans ces hard times. J’y’eux dis tout le temps qu’eine éducation, c’est la seule chose que personne peut y’eux prendre. C’est eine chose qu’ils pouvontjamais perdre. J’veux qu’ils aient ein meilleur avenir que moi.ˮ
You can be proud of your children, Mr. Meaux,ˮ ditMonsieur Bush. “They work hard in their books.ˮ
“J’sus content de savoir ça,ˮ dit Pop. “Well, je veux payer cette dette et m’en aller avant ça se fait tard. T’nez la piastre.ˮ
You don’t owe me anything, Mr. Meaux,ˮ dit Miss Jones. “I was glad to do it.ˮ
“On prend pas la charité, Miss Jones,ˮ dit Pop. “Je paye mes dettes. C’est moi qui vas acheter ein tablier à ma fille. Personne d’autre, t’attends. Tiens, prends cette piastre, ou MaLul va s’en revenir à la maison avec moi droit asteur.ˮ
Very well,ˮ dit Miss Jones, en prenant la pistre. “Thank you very much, Mr. Meaux.ˮ
“Pas de quoi, Mam’selle,ˮ dit Pop. “Faut je m’en vas. Vous-autres peut finir votre thé asteur. Merci, Monsieur Bush. Merci, Miss Jones. Viens, MaLul.ˮ


*14*

J’ai marché avec Pop jusqu’à la porte. C’était drôle que personne avait été en classe. Là, je m’ai rappelé que c’était Monsieur Bush qui sonnait la cloche. Tout le monde nous regardait et j’ai vu Eveline dire quelque chose à Lillian, mais je m’en foutais pas mal. Pop m’avait acheté mon tablier et m’avait pas fait dire des vilaines choses à Miss Jones. La cloche a sonné droite équand Pop regardait dehors ’oir le temps.
“Merci pour le tablier, Pop,ˮ j’dis.
“Pas de quoi, MaLul,ˮ dit Pop. “Couds-lé bien là.ˮ
“Je promets, Pop,ˮ j’dis.
“Rappelle-toi, ma fille, qu’eine éducation, c’est la seule chose que personne peut te prendre ou te voler.ˮ
“Ouais, Pop,ˮ j’dis.
Bye,ˮ dit Pop et je l’ai guetté sortir à la pluie et au vent de nord. On dirait il était plus grand que jamais et j’ai cru qu’il aurait pas pu sortir de la porte, à force qu’il était grand.
J’jonglais en courant à la classe de Home Ec., “Ein tablier, c’est ein tablier, non?ˮ
“Non!ˮ